C'est avec JOIE que nous vous annonçons que notre chef de choeur represente le chant choral et la VOIX pour la campagne Nationale SEP 2018!


Armelle Bugand est atteinte de Sclérose en Plaques et elle continue de mener son bout de chemin et d'être active et réactive.


Bravo Armelle. Nous sommes fiers de toi!
Le Choeur Résilience est une chance, alors saisissez-là et venez chanter avec nous !

 

L'Handispensable - Janvier 2017

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Un reportage du midi libre

Souvenir du stage choral de Montpellier 2012.

 

 

La Chorale qui dépasse le handicap

Extraits de: LE MONDE MAGAZINE — 30 JANVIER 2010

REPORTAGE : LA CHORALE QUI DÉPASSE LE HANDICAP

UNE NOTE D’ENCHANTEMENT DANS DES VIES MEURTRIES

SANDRINE BLANCHARD. PHOTOS JOËLLE DOLLÉ **POUR LE MONDE MAGAZINE

 

Le chef d’orchestre Hugues Reiner a eu une idée folle : faire chanter avec son chœur des personnes en situation de handicap. Elles interpréteront Beethoven, Mozart ou Wagner.

Guillaume ne quitte pas des yeux le chef d’orchestre. Comme chaque mercredi soir, ce jeune homme en situation de handicap ne raterait pour rien au monde la séance de répétition de la chorale d’Hugues Reiner. « Avec lui, c’est comme si j’avais des ailes, je me sens libre », raconte Guillaume. A 21 ans, il a « un problème à la tête ». Sa manière à lui de résumer son traumatisme crânien cerébro-lésé. Un vilain nom pour désigner la conséquence d’une terrible histoire. Quand il était petit, sa mère l’a posé sur une table, juste le temps d’aller répondre au téléphone. Guillaume est tombé…

Depuis, il lui arrive de « pleurer », de « s’énerver » : « Ça vient tout seul, c’est à cause du regard des autres. Nous les personnes en situation de handicap, les traumatisés, on est comme des arbres, on est rigides, pour les autres, dans la rue, on n’est rien. » Mais Guillaume va mieux. Le chant l’a « sauvé », il s’est fait plein d’amis et a oublié ses idées noires. Ce jeune homme fait partie de la trentaine de personnes en situation de handicap qui ont rejoint depuis septembre la chorale d’Hugues Reiner.

Mardi 9 février, ils chanteront à l’église de la Madeleine, à Paris. Ce sera leur sixième concert dans la capitale ; à chaque fois le public est au rendez-vous. « Les jours de concert, je suis heureux, je suis comme une vague », témoigne Guillaume. Et puis, voir son copain Paul, immobilisé dans un fauteuil depuis un accident de skateboard, enfin rigoler et même « chanter », ça lui remonte le moral.

Ce chœur Clément Wurtz – du nom de la maison d’accueil spécialisée (MAS) dans laquelle résident ou travaillent ces personnes en situation de handicap –, c’est l’histoire d’un projet fou décidé en quelques heures : « Allez ! On va organiser plusieurs concerts dans l’année non pas pour les personne en situation de handicap, mais avec eux. »

 

L’ÉNERGIE DU DÉSESPOIR

Pourquoi un tel élan de la part du chef d’orchestre qui avait déjà son propre chœur ? « L’histoire personnelle, c’est la vraie histoire, résume Hugues Reiner. J’ai connu des galères qui m’ont amené à être plus patient face à la galère des autres. » La schizophrénie de son frère aîné a bouleversé sa vie. Il s’est lancé en autodidacte dans une carrière de chef d’orchestre avec l’énergie du désespoir.

Avec le chœur Clément Wurtz, il se « démène pour des éclopés » et n’a pas écouté ceux qui lui disaient : « Ça va te coller à la peau, c’est mauvais pour ta carrière. » « Il faut arrêter avec le qu’en-dira-ton et l’anxiété permanente, reprend-il. Je n’ai rien planifié. J’ai gardé ma capacité de rêve, d’imagination pour des projets collectifs. Si j’avais été rigoureux, rationnel, normal, on aurait attendu une subvention, on aurait beaucoup répété et fait un concert dans un ou deux ans. » Ce fut donc banco pour une chorale qui mélangerait personnes en situation de handicap et valides pour éviter la stigmatisation et œuvrer pour l’intégration. « On ne savait pas où cela allait nous mener et, finalement, c’est complètement magique, s’enthousiasme Karima, l’une des animatrices de la MAS.

Participer à une chorale valorise énormément les personnes en situation de handicap, ça crée du lien, on est dans la vie. »

Chaque mercredi soir, toute la petite troupe part répéter au centre d’accueil la Note bleue dans le douzième arrondissement de Paris. Valides ou personne en situation de handicap, Hugues Reiner ne fait pas de différence entre ses élèves. « Il faut être un chœur qui donne de l’intelligence aux autres, leur lance-t-il. Allez, c’est perfectible !».

« Hugues parle aux personne en situation de handicap comme il parle à tout le monde, il ne s’autocensure pas. Peu de gens ont, comme lui, la patience ou le cœur assez grand pour les accepter. » Vasile, Jérôme, Halim, Romain, Gautier, Maël, Gena et les autres, partition en main, s’entraînent sur une cantate de Bach. L’ambiance est joyeuse. « Ça fait du bien de chanter, ça libère », se réjouit Vasile, 23 ans, personne en situation de handicap moteur. Son truc à lui c’est plutôt le rap et le hip-hop mais chanter Bach, tous ensemble, ça lui plaît. Et cela le change de son emploi à l’Etablissement et services d’aide par le travail (ESAT, ex-CAT) où il fait du conditionnement. Jérôme, lui, a tout de suite dit oui pour participer à la chorale : « Dans mon foyer, je suis trop enfermé dans ma chambre. » Il se dit « baryton », passionné de musique et de bateau à voile. « J’adore la mer, mais maman trouve ça dangereux. »Tous oublient un peu leurs corps meurtris, leurs vies chahutées, le regard des autres ; et aucun d’entre eux n’aurait imaginé pouvoir participer à un chœur. Lorsqu’on lui a proposé d’intégrer la chorale, Halim, 28 ans, atteint d’une hémiplégie cérébrale droite, a d’abord pensé à une plaisanterie. « Je croyais que cela n’allait pas marcher. Finalement, chanter c’est relaxant et spirituel, ça libère l’esprit et tout ce qui est enfermé en moi. ».

Hugues Reiner a sa définition de la personne en situation de handicap : « Quelqu’un qui veut faire des choses mais qui est entravé pour les réaliser. Les centres d’accueil, c’est très bien, mais franchement, ça donne envie de se flinguer parce qu’il n’y a pas de projets. Le problème de ces jeunes, c’est qu’ils n’ont plus d’estime d’eux-mêmes. » Le chef d’orchestre compare une séance de répétition à la lecture de bouquins de philosophie : « Il y a du Freud, en plus joyeux, du Wittgenstein qui ne se suicide pas ! » Lui-même se définit comme un « dépressif lucide ». Emmener une trentaine de personnes en situation de handicap chaque semaine aux répétitions, et chaque mois à un concert, c’est « un événement qui a bouleversé notre manière de travailler ». De nombreux bénévoles et membres du personnel participent à l’aventure et se sont mis, eux aussi, à chanter. « Il n’y a plus de hiérarchie entre nous, on offre et on partage avec les personnes en situation de handicap une part de rêve », estime le directeur de la MAS.

« Dans le champ du médico-social on a eu trop tendance à être dans le médical, la blouse blanche, la personne en situation de handicap comme objet de soin, au détriment du social et du projet de vie ». Spécialisée dans l’accompagnement des traumatisés crâniens –des victimes d’accidents ou d’AVC (accident vasculaire cérébral) –, la maison Clément Wurtz accueille des vies qui, un jour, ont basculé. Cet expert-comptable lors d’un accident de moto, cette mère de famille suite à une anesthésie qui a mal tourné… Certains connaissent leur histoire d’avant, d’autres ont perdu la mémoire.

 

 

COMPLICITÉ

Même les personnes les plus en situation de handicap peuvent participer. Comme Paul (ci-dessus, à droite), qui ne peut ni bouger ni parler, mais qui sourit entouré de ses copains Samir, Philippe et Guillaume.

Et puis il y a Paul, le copain de Guillaume. Paul ne parle plus et ne bouge plus depuis que sa planche à roulettes a heurté une voiture. Il avait alors 14 ans, il en a 24 aujourd’hui.

Thierry, lui, se souvient très bien de son accident. « C’était vers le lac d’Annecy, il pleuvait. J’ai freiné pour tenter d’éviter un camion, ma voiture a fait de l’aquaplaning. Les médecins avaient dit que je serais aveugle, sourd et idiot. Idiot, je l’étais déjà avant, s’amuse-t-il, pour le reste, je ne m’en sors pas trop mal ! » Thierry était, à l’époque, maître d’école ; désormais, à 51 ans, il classe des cartes de jeux ou remplit des boîtes à l’ESAT.

« Le lendemain des concerts, tout le monde est dans l’euphorie », « Je ne suis pas un thérapeute, précise Hugues Reiner. Juste un chef d’orchestre humaniste qui refuse les barrières et le conformisme. »

 

DOUX DINGUE

Lors du premier concert en octobre à la Madeleine, certains choristes ont crié face au public le slogan fraternel qu’ils ont donné à cette aventure. Des « On vous aime ! » tonitruants ont retenti dans l’église. « Il faut le prendre au premier degré, ce qu’on ne sait plus faire. Si ce slogan met mal à l’aise, c’est bon signe. Il ne faut pas hésiter à être “couillon”, à avoir une aptitude à l’humour sans avoir peur de l’amour. » Ainsi parle Hugues Reiner, exalté, trop parfois, mais sincère et tenace dans sa volonté de « bousculer dans la convivialité ». Doux dingue pour certains, génial pour d’autres. Le sentimentalisme, le côté fleur bleue, peu importe, « rien ne justifie qu’on freine le mouvement, il a trop d’urgence pour être limité dans son ego ».

Dans l’église, accompagné d’un orchestre symphonique, le chœur Clément Wurtz se mélange aux autres choristes. Peu importe que certains chantent à peine, impressionnés par les centaines de spectateurs, ou qu’ils soient tout simplement dans l’incapacité physique de le faire. Ils sont là, ils participent à leur manière, ils se sentent presque comme les autres et profitent de l’instant. « Avant ils étaient dramatiques, maintenant ils sont ténors dramatiques ! », résume Hugues Reiner.

Guillaume, lui, veut désormais que la musique devienne son métier. « Je suis heureux de faire ça, j’ai envie de continuer, de persévérer et, pourquoi pas, de devenir un vrai choriste baryton. » Guillaume n’a plus envie de mourir.

 

ÉQUIPE

Autour du chef d’orchestre Hugues Reiner, cinq de ses protégés (de gauche à droite) : Halim, Olivier, Jackson, Shareen, Guillaume, Romain

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