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Par Joachim82 dans Reportages le 30 Octobre 2011 à 22:36
C'est la rencontre avec Thomas Housset, ici au piano lors d'un concert à l'Unesco en avril 2008, qui a donné à Hugues Reiner l'idée d'associer musique et handicap et de créer les Choeurs Résilience.

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Par Joachim82 dans Reportages le 22 Octobre 2011 à 19:06
Midi Libre
Extraits du journal du 3 Mars 2011
REPORTAGE
CAMILLE-SOLVEIG FOL csfol@midilibre.com
Chanter : l’élan de vie qui reconnecte les synapses
Expérimentation l Le chef d’orchestre Hugues Reiner lance la première chorale publique avec des traumatisés crâniens, sujets d’études médicales et scientifiques.
Chœur battant. À la première répétition de la chorale Résilience de Montpellier, jeudi dernier sous les voûtes de la salle des Duges, à la fac de médecine, la centaine de choristes a suivi Hugues Reiner sur une partition de Gabriel Fauré. Chef de chant à l’humour rebondissant, Reiner est la preuve vivante que le chant est « énergie pure ». Pianiste à la gestuelle vive, leader à voix percutante et joyeuse, l’homme chante et encourage ses choristes. Et particulièrement la trentaine de traumatisés crâniens souffrants de troubles cognitifs qui forment le socle de cette chorale expérimentale. En préambule, le chanteur lyrique Joachim Bresson interprète Après le rêve. Morceau repris, phrase à phrase, par l’assemblée. Sous les voûtes, des voix s’envolent d’autres tâtonnent. Reiner retient celle de Julie et lui demande de chanter seule. Une femme se met debout, son bras gauche bat une mesure désordonnée, le droit est totalement immobile. Reiner lui joue les premières notes. Et Julie libère une voix de tête. Claire, juste. Intense. Troublante. Le chœur reprend à sa suite le morceau. Puis, Reiner demande à Didier, Jérôme et Rémi de donner de la voix sur des « Ou-a! » que le maître vocalise. Tour à tour, les trois hommes se lâchent. S’oublient. Et le chœur ragaillardi reprend d’une voix Après le rêve. En communion. Sur la mélodie, Nathalie libère sa mâchoire, laissant entendre son souffle. Fragile. Reiner l’invite à danser. Vacillante, la demoiselle se lève, se déplie. Avec la grâce d’un ange, elle étire ses gestes, tourne sur elle-même. Sourit. Et sa voix qui s’amplifie prend son envol. L’émotion est audible. Reiner la félicite en chantant un «Merci, merci ! » repris par la chorale hétéroclite totalement acquise à ce chef qui, sans transition, relance Après le rêve. Et lui donne toute sa réalité.

Tous les jeudis, les choristes se retrouveront à la fac de médecine. JEAN-MICHEL MART
◗ Participation libre de 16 h 30 à 18 h 45 tous les jeudis, salle des Duges, fac de médecine. Concert le 28 avril à la cathédrale.
QUESTIONS À HUGUES REINER, chef d’orchestre et de chant superstar, a dirigé 1 500 concerts du Mont-Blanc à Sarajevo.
«Chanter, un acte d’émancipation»
Pourquoi vous investir ainsi dans cette chorale d’amateurs ?
Mon frère est schizophrène, chanter est le seul espace où, ensemble, nous avons une belle activité à partager. Pour moi, cette chorale n’a donc rien à voir avec la charité mais tout avec la justice. Chanter est un acte d’émancipation. Et chanter ensemble est une grande aventure humaine qui met en application la déclaration des Droits de l’homme.
Connaissez-vous les choristes ?
Oui, je connais les patients cérébro-lésés du foyer des Fontaines d’O (Adages). Nous bossons ensemble une fois par semaine depuis septembre. Travailler avec des personnes en situation de handicap, donc différentes, me donne une vision plus globale de mon métier et de la vie en société.
En réalisant cette chorale publique avec eux, je me spécialise dans l’ouverture aux autres.
Qu’est-ce que le chant ?
C’est pouvoir exprimer ses émotions pures. Voire impudiques. Chanter est une soupape de sécurité. Comme le rire, c’est libératoire.
Mais si peu de gens chantent...
À cause des préjugés qui font croire que chanter n’est pas à la portée de tout le monde. Chanter, libérer son énergie, est un rêve. Un rêve que nous allons réaliser tous ensemble. En sachant qu’un rêve pour qu’il soit, il faut le tenir ; comme le souffle. Donc bosser pour qu’il s’épanouisse... Alors, au boulot !
Une étude scientifique des troubles cognitifs à la clef
Hugues Reiner a lancé la première chorale Résilience à Paris en 2010. À Montpellier, son initiative monte d’un cran en devenant laboratoire scientifique. Le professeur et neurologue Jacques Touchon ainsi que le musicothérapeute Stéphane Guétin vont évaluer l’impact de la pratique du chant sur les choristes victimes de traumatisme crânien. Des études en partenariat avec l’école d’orthophonistes de Montpellier et la participation active de patients en situation de handicap de l’Adages. Accueillie par la fac de médecine, la chorale est soutenue par l’évêché, qui ouvrira la cathédrale pour le concert de fin de cession (tous les deux mois). Expérimentale, cette chorale est d’ores et déjà donnée pour exemple à l’international. Et sa formule promise à la multiplication.
Midi Libre midilibre.com
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Par Joachim82 dans Reportages le 22 Octobre 2011 à 18:47
Monde Magazine
Extraits de: LE MONDE MAGAZINE — 30 JANVIER 2010
REPORTAGE
LA CHORALE QUI DÉPASSE LE HANDICAP
UNE NOTE D’ENCHANTEMENT DANS DES VIES MEURTRIES
SANDRINE BLANCHARD. PHOTOS JOËLLE DOLLÉ **POUR LE MONDE MAGAZINE
Le chef d’orchestre Hugues Reiner a eu une idée folle : faire chanter avec son chœur des personnes en situation de handicap. Elles interpréteront Beethoven, Mozart ou Wagner.
Guillaume ne quitte pas des yeux le chef d’orchestre. Comme chaque mercredi soir, ce jeune homme en situation de handicap ne raterait pour rien au monde la séance de répétition de la chorale d’Hugues Reiner. « Avec lui, c’est comme si j’avais des ailes, je me sens libre », raconte Guillaume. A 21 ans, il a « un problème à la tête ». Sa manière à lui de résumer son traumatisme crânien cerébro-lésé. Un vilain nom pour désigner la conséquence d’une terrible histoire. Quand il était petit, sa mère l’a posé sur une table, juste le temps d’aller répondre au téléphone. Guillaume est tombé…
Depuis, il lui arrive de « pleurer », de « s’énerver » : « Ça vient tout seul, c’est à cause du regard des autres. Nous les personnes en situation de handicap, les traumatisés, on est comme des arbres, on est rigides, pour les autres, dans la rue, on n’est rien. » Mais Guillaume va mieux. Le chant l’a « sauvé », il s’est fait plein d’amis et a oublié ses idées noires. Ce jeune homme fait partie de la trentaine de personnes en situation de handicap qui ont rejoint depuis septembre la chorale d’Hugues Reiner.

Mardi 9 février, ils chanteront à l’église de la Madeleine, à Paris. Ce sera leur sixième concert dans la capitale ; à chaque fois le public est au rendez-vous. « Les jours de concert, je suis heureux, je suis comme une vague », témoigne Guillaume. Et puis, voir son copain Paul, immobilisé dans un fauteuil depuis un accident de skateboard, enfin rigoler et même « chanter », ça lui remonte le moral.
Ce chœur Clément Wurtz – du nom de la maison d’accueil spécialisée (MAS) dans laquelle résident ou travaillent ces personnes en situation de handicap –, c’est l’histoire d’un projet fou décidé en quelques heures : « Allez ! On va organiser plusieurs concerts dans l’année non pas pour les personne en situation de handicap, mais avec eux. »
L’ÉNERGIE DU DÉSESPOIR
Pourquoi un tel élan de la part du chef d’orchestre qui avait déjà son propre chœur ? « L’histoire personnelle, c’est la vraie histoire, résume Hugues Reiner. J’ai connu des galères qui m’ont amené à être plus patient face à la galère des autres. » La schizophrénie de son frère aîné a bouleversé sa vie. Il s’est lancé en autodidacte dans une carrière de chef d’orchestre avec l’énergie du désespoir.
Avec le chœur Clément Wurtz, il se « démène pour des éclopés » et n’a pas écouté ceux qui lui disaient : « Ça va te coller à la peau, c’est mauvais pour ta carrière. » « Il faut arrêter avec le qu’en-dira-ton et l’anxiété permanente, reprend-il. Je n’ai rien planifié. J’ai gardé ma capacité de rêve, d’imagination pour des projets collectifs. Si j’avais été rigoureux, rationnel, normal, on aurait attendu une subvention, on aurait beaucoup répété et fait un concert dans un ou deux ans. » Ce fut donc banco pour une chorale qui mélangerait personnes en situation de handicap et valides pour éviter la stigmatisation et œuvrer pour l’intégration. « On ne savait pas où cela allait nous mener et, finalement, c’est complètement magique, s’enthousiasme Karima, l’une des animatrices de la MAS.
Participer à une chorale valorise énormément les personnes en situation de handicap, ça crée du lien, on est dans la vie. »
Chaque mercredi soir, toute la petite troupe part répéter au centre d’accueil la Note bleue dans le douzième arrondissement de Paris. Valides ou personne en situation de handicap, Hugues Reiner ne fait pas de différence entre ses élèves. « Il faut être un chœur qui donne de l’intelligence aux autres, leur lance-t-il. Allez, c’est perfectible !».
« Hugues parle aux personne en situation de handicap comme il parle à tout le monde, il ne s’autocensure pas. Peu de gens ont, comme lui, la patience ou le cœur assez grand pour les accepter. » Vasile, Jérôme, Halim, Romain, Gautier, Maël, Gena et les autres, partition en main, s’entraînent sur une cantate de Bach. L’ambiance est joyeuse. « Ça fait du bien de chanter, ça libère », se réjouit Vasile, 23 ans, personne en situation de handicap moteur. Son truc à lui c’est plutôt le rap et le hip-hop mais chanter Bach, tous ensemble, ça lui plaît. Et cela le change de son emploi à l’Etablissement et services d’aide par le travail (ESAT, ex-CAT) où il fait du conditionnement. Jérôme, lui, a tout de suite dit oui pour participer à la chorale : « Dans mon foyer, je suis trop enfermé dans ma chambre. » Il se dit « baryton », passionné de musique et de bateau à voile. « J’adore la mer, mais maman trouve ça dangereux. »Tous oublient un peu leurs corps meurtris, leurs vies chahutées, le regard des autres ; et aucun d’entre eux n’aurait imaginé pouvoir participer à un chœur. Lorsqu’on lui a proposé d’intégrer la chorale, Halim, 28 ans, atteint d’une hémiplégie cérébrale droite, a d’abord pensé à une plaisanterie. « Je croyais que cela n’allait pas marcher. Finalement, chanter c’est relaxant et spirituel, ça libère l’esprit et tout ce qui est enfermé en moi. ».
Hugues Reiner a sa définition de la personne en situation de handicap : « Quelqu’un qui veut faire des choses mais qui est entravé pour les réaliser. Les centres d’accueil, c’est très bien, mais franchement, ça donne envie de se flinguer parce qu’il n’y a pas de projets. Le problème de ces jeunes, c’est qu’ils n’ont plus d’estime d’eux-mêmes. » Le chef d’orchestre compare une séance de répétition à la lecture de bouquins de philosophie : « Il y a du Freud, en plus joyeux, du Wittgenstein qui ne se suicide pas ! » Lui-même se définit comme un « dépressif lucide ». Emmener une trentaine de personnes en situation de handicap chaque semaine aux répétitions, et chaque mois à un concert, c’est « un événement qui a bouleversé notre manière de travailler ». De nombreux bénévoles et membres du personnel participent à l’aventure et se sont mis, eux aussi, à chanter. « Il n’y a plus de hiérarchie entre nous, on offre et on partage avec les personnes en situation de handicap une part de rêve », estime le directeur de la MAS.
« Dans le champ du médico-social on a eu trop tendance à être dans le médical, la blouse blanche, la personne en situation de handicap comme objet de soin, au détriment du social et du projet de vie ». Spécialisée dans l’accompagnement des traumatisés crâniens –des victimes d’accidents ou d’AVC (accident vasculaire cérébral) –, la maison Clément Wurtz accueille des vies qui, un jour, ont basculé. Cet expert-comptable lors d’un accident de moto, cette mère de famille suite à une anesthésie qui a mal tourné… Certains connaissent leur histoire d’avant, d’autres ont perdu la mémoire.

COMPLICITÉ
Même les personnes les plus en situation de handicap peuvent participer. Comme Paul (ci-dessus, à droite), qui ne peut ni bouger ni parler, mais qui sourit entouré de ses copains Samir, Philippe et Guillaume.
Et puis il y a Paul, le copain de Guillaume. Paul ne parle plus et ne bouge plus depuis que sa planche à roulettes a heurté une voiture. Il avait alors 14 ans, il en a 24 aujourd’hui.
Thierry, lui, se souvient très bien de son accident. « C’était vers le lac d’Annecy, il pleuvait. J’ai freiné pour tenter d’éviter un camion, ma voiture a fait de l’aquaplaning. Les médecins avaient dit que je serais aveugle, sourd et idiot. Idiot, je l’étais déjà avant, s’amuse-t-il, pour le reste, je ne m’en sors pas trop mal ! » Thierry était, à l’époque, maître d’école ; désormais, à 51 ans, il classe des cartes de jeux ou remplit des boîtes à l’ESAT.
« Le lendemain des concerts, tout le monde est dans l’euphorie », « Je ne suis pas un thérapeute, précise Hugues Reiner. Juste un chef d’orchestre humaniste qui refuse les barrières et le conformisme. »
DOUX DINGUE
Lors du premier concert en octobre à la Madeleine, certains choristes ont crié face au public le slogan fraternel qu’ils ont donné à cette aventure. Des « On vous aime ! » tonitruants ont retenti dans l’église. « Il faut le prendre au premier degré, ce qu’on ne sait plus faire. Si ce slogan met mal à l’aise, c’est bon signe. Il ne faut pas hésiter à être “couillon”, à avoir une aptitude à l’humour sans avoir peur de l’amour. » Ainsi parle Hugues Reiner, exalté, trop parfois, mais sincère et tenace dans sa volonté de « bousculer dans la convivialité ». Doux dingue pour certains, génial pour d’autres. Le sentimentalisme, le côté fleur bleue, peu importe, « rien ne justifie qu’on freine le mouvement, il a trop d’urgence pour être limité dans son ego ».
Dans l’église, accompagné d’un orchestre symphonique, le chœur Clément Wurtz se mélange aux autres choristes. Peu importe que certains chantent à peine, impressionnés par les centaines de spectateurs, ou qu’ils soient tout simplement dans l’incapacité physique de le faire. Ils sont là, ils participent à leur manière, ils se sentent presque comme les autres et profitent de l’instant. « Avant ils étaient dramatiques, maintenant ils sont ténors dramatiques ! », résume Hugues Reiner.
Guillaume, lui, veut désormais que la musique devienne son métier. « Je suis heureux de faire ça, j’ai envie de continuer, de persévérer et, pourquoi pas, de devenir un vrai choriste baryton. » Guillaume n’a plus envie de mourir.

ÉQUIPE
Autour du chef d’orchestre Hugues Reiner, cinq de ses protégés (de gauche à droite) : Halim, Olivier, Jackson, Shareen, Guillaume, Romain
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